Organisations Politiques et Economiques Regionales

LEA: Fondation de la ligue des Etats Arabes et ses objectifs

A la fin du XIXe siècle et jusqu’a la veille de la 1ere guerre mondiale, les nationalistes arabes, en lutte contre l’Empire Ottoman, veulent s’en détacher de cet empire et prennent de plus en plus conscience de leur homogénéité nationale, historiographique et ethnographique.  Ils appelaient la constitution d’un Etat indépendant dont les frontières partent depuis la Valée du Tigre et de l’Euphrate jusqu’à l’isthme de Suez et depuis la Méditerranée jusqu’à la met d’Oman. L’Egypte n’en faisait pas partie vu qu’elle-même se défendait pour affaiblir l’Empire Ottoman afin de se débarrasser de l’occupation britannique effective depuis 1882. La création  du royaume devait être confiée au Shérif de la Mecque, Hussein Ibn Ali le Hachémite. Mais ce royaume ne devait jamais voir le jour. A la fin de la guerre, les français et les anglais, très loin d’unifier les régions arabes, s’entendirent pour y instaurer leur influence par un mandat confié par la Société des Nations a la France sur le Liban et la Syrie, a la Grande Bretagne sur l’Irak et la Palestine.
L’Occident ne porte pas seule la responsabilité de l’échec de cette tentative de regroupement.  Le Shérif de la Mecque vit se dresser contre ses ambitions de vouloir être le « Roi des arabes » un prince du Nedjd, Ibn Saoud.  Ce dernier s’empara de la Mecque, de Médine et de Djeddah et détruisit de ses mains le « Royaume arabe» dont les frontières n’avaient jamais dépassé le Hedjaz.  Faysal, fils du Shérif Hussein reçoit le Royaume d’Irak, et l’autre fils Abd Allah, la partie de la Palestine située à l’Est du Jourdain.
Ces deux crurent qu’ils peuvent toujours compter sur la Grande Bretagne: ils gagnèrent alors l’accusation «  agents de l’impérialisme ». La fin de la 2nde guerre mondial fut une grande déception pour eux ; ils crurent qu’avec le départ de la France des Etats du Levant, rien ne pourrait s’opposer a la formation du « Royaume arabe ». Un plan de regroupement fut envisagé. Il prévoyait la création d’un Royaume arabe groupant la Transjordanie, la Syrie, la Palestine et le Liban. La Grande Syrie ainsi est constituée. De plus ce plan prévoyait la création d’une fédération arabe ou entreraient la Grande Syrie et le royaume d’Irak. Ce projet prend le nom de « croissant fertile » Il ne se réalise pas. Il se heurte à l’hostilité des Saoud peu soucieux de voir se constituer un regroupement dont ils ne sont pas bénéficiaires. Aussi, ce plan se heurte a l’hostilité d’une nouvelle venue dans le concert interarabe : L’Egypte indépendante depuis 1936.  L’Egypte entendait bien ne pas laisser aux Hachémites un rôle de premier plan dans le Moyen Orient. Caire et Bagdad voulait faire échouer les ambitieux projets de Bagdad et de Amman. Ce qui facilite leur tache, l’attitude de la Syrie et du Liban qui ne montrèrent aucun empressement à se ranger dans le camp Hachémite.
Ainsi, échouèrent les projets des Hachémites par la collusion des Etats arabes adversaires des Hachémites : l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Syrie et le Liban. En même temps les théoriciens de l’arabisme ne cessaient de parler d’unité et d’union. Il fallait trouver quelque chose et ce fut la Ligue des Etats arabes. Sa constitution le 22 mars 1945 marque une date importante  dans l’histoire des tentatives de regroupement de la nation arabe. Elle consacre la division du monde arabe, en reconnaissant la souveraineté et l’intégrité territoriale de chacun des Etats membres.
Notons que les Hachémites ne reconnurent son existence que du bout des lèvres.

En donnant naissance à une organisation dotée d’une compétence générale, la Charte conduisit les Etats arabes à créer, les différentes institutions spécialisées nécessaires à la réalisation des objectifs recensés dans son article 2. Les péripéties de la création de ces institutions ont suivi, dans leur ensemble, le rythme des événements survenus dans la région. Paralysée mais non point indifférente, la Ligue a répliqué à chaque événement majeur par des processus de consolidation des liens entre ses Etats membres. En effet, la philosophie de ce premier texte préparé entre 1943 et 1945 s’est inspirée de celle du texte de la SDN, tandis que l’évolution du système est allée dans le sens de celui des Nations-Unies avec l’instauration de la coopération sectorielle.

La défaite de 1948 contre Israël, attribuée en partie à l’inefficacité de la Ligue en matière de défense a ainsi débouché sur l’approbation le 30 avril 1950 de la Convention sur la défense commune et la coopération économique, première expression d’un renforcement de la solidarité inter-arabe.

Conformément aux dispositions de cette convention, deux autres organes pléniers de décision, à côté du Conseil de la Ligue arabes furent créés : ce sont le Conseil de défense commune (art.6) et le Conseil économique (art.8).

Cette évolution structurelle allait accélérer le mouvement de création des organisations arabes à activité sectorielle. Celles-ci devaient remplacer une partie de l’activité des douze commissions permanentes qui existaient au sein de la Ligue en vertu de l’article 4 de la Charte et autour desquelles l’action arabe était concentrée. La diversité des activités de la Ligue devait donner un essor pour la multiplication des Organisations Arabes Spécialisées (OAS).

L’adhésion à la Ligue des Etats nouvellement indépendants est le plus souvent suivie de leur adhésion à ces organisations. Ce «membership» ne demeure toutefois assujetti qu’au bon gré des Etats. L’adhésion dépend le plus souvent de la nature de l’activité de l’organisation.

L’effort s’est orienté depuis les années 1970 dans une autre direction. La persistante fragilité de la coopération économique inter-arabe et le développement des investissements financiers arabes ont conduit à renforcer l’expérience des «entreprises arabes »conjointes (EAC).

Les actes constitutifs des institutions inter-arabes sont des textes internationaux conclus par les Etats membres, bien qu’elles soient créées au sein de la Ligue des Etats arabes. Cette couverture importante à laquelle ont participé le Conseil de la Ligue et le Conseil économique s’inscrit, à juste titre, pour certains dans un long mouvement de «révision indirecte» de la Charte de la Ligue.

En effet, cette révision «indirecte» s’est vue réaliser de deux façons :

1) par une décision interne : tel est le cas de la réunion du Conseil de la Ligue au niveau du sommet, la création de la Commission politique et l’institution des Conseils des ministres arabes spécialisés dont chacun dispose d’une administration propre au sein du secrétariat général ;

2) dans la même ligne, mais en se situant au niveau externe et contractuel, d’autres révisions se sont introduites : celles résultant de la conclusion de la Convention de 1950 qui crée des structures d’une défense commune et d’une coopération économique, celle faite ultérieurement concernant la révision de son article 8 instituant le Conseil économique et social auquel revient, depuis cette révision, de superviser les activités des organisations arabes spécialisées et de coordonner leurs actions par le biais du Comité de Coordination créé spécialement dans ce but.

La question qui se pose aujourd’hui et qui justifierait une investigation approfondie, serait de savoir si la Charte de la Ligue, compte tenu des mutations structurelles déjà entreprises ou en cours, et malgré l’apparente anarchie institutionnelle qu’elle a laissée se développer, n’a pas déjà donné naissance, avec ses multiples institutions spécialisées, à un système régional bien réel dont la spécificité essentielle proviendrait de l’appartenance de la totalité de ses membres à une seule «nation arabe». Cette hypothèse soulève des problèmes d’approche, dont la dimension la plus évidente est bien sans doute le fait que la complexité du fonctionnement de cet ensemble échappe à la logique de la seule analyse juridique.

C’est dans le souci de tenir compte de cet impératif d’approche que ce rapport recensera tout d’abord les principales institutions évoluant dans la mouvance de la Ligue des Etats arabes en vue de fournir une description statique touchant à la structure du système, pour tenter ensuite de soulever certains aspects de leur fonctionnement.

Les rapports de force interarabes mais aussi et peut-être surtout la situation de la nation arabe comme carrefour d’influences des grandes puissances doivent en ce sens être pris très largement en compte. On ne saurait trop souligner, en effet, l’importance de l’environnement international sur le fonctionnement de la Ligue et sur les conditions de ses transformations institutionnelles successives. En effet, l’impact du bipolarisme politique et idéologique et du polycentrisme économique est lourdement ressenti au sein du système arabe tant dans le domaine politique qu’économique.

Source: KELLER, P., La Question arabe, PUF, 1948

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